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Se prendre pour un autre, changer d’histoire et être heureux.

Aujourd’hui, on peut tout changer. La façon dont on communique avec les autres, notre couleur de cheveux, la manière dont on construit une maison… On peut même changer le sexe d’une personne si celui qu’elle a ne fait pas son affaire. Mais pour de multiples raisons (peut-être parce que le changement et l’inconnu déstabilisent la plupart des gens), on a une sacrée tendance à dénigrer ceux qui osent changer d’histoire pour améliorer leur existence.

« Pour qui tu te prends coudonc? » Je suis certaine que tu as déjà entendu ou utilisé toi-même cette drôle d’expression limitante.

C’est fou quand même, on sait et répète tout bonnement que si on veut un résultat différent, il faut changer la façon dont on fait les choses. Alors pourquoi, et surtout comment, on pense qu’on peut changer ce qu’on fait sans changer ce qu’on est?

Il faut aussi prendre conscience des croyances et des réflexes qu’on entretient. La plupart du temps, ce sont des repères qu’on s’est donnés il y a 3, 4 ou 10 ans pour passer au travers d’une situation qui n’est plus du tout la même aujourd’hui.

On agit et réagit selon nos expériences, nos apprentissages et la façon dont on est socialement conditionné à suivre des lignes directrices parfois (souvent) douteuses.

Mais si on voyait les choses autrement? Et si on cessait de penser de façon absolue?

À quoi ressemblerait ta réalité quotidienne, si tu faisais abstraction de tout ce que tu sais déjà? Demain matin, si tu changeais l’histoire que tu racontes, tu serais alors quelqu’un d’autre, aussi simplement.

Don Miguel Ruiz, auteur des 4 accords toltèques, dit que 95% des croyances que nous entretenons sont purs mensonges et nous souffrons parce que nous y accordons foi.

Autrement dit : chacun se prend pour ce qu’il décide de croire, point.

Et si tu t’prenais pour un autre, dis-moi ça ferait du mal à qui, dans quelle mesure et pourquoi? À moins, bien sûr, que tes intentions soient malsaines, est-ce réellement mauvais de croire et de raconter une histoire différente?

Au contraire, je pense que bien des situations et des gens seraient gagnants qu’on change nos définitions limitatives de nous-mêmes dans notre réalité actuelle.

Le pouvoir des mots

Le plus grand blocage auquel tu fais forcément face à chaque étape de ton parcours, c’est toi.

En fait, plus précisément, c’est l’histoire que tu te racontes et que tu racontes aux autres: les raisons que tu donnes pour justifier le fait que t’es pas rendu là où tu le voudrais, les excuses que tu trouves pour alléger ta conscience qui te culpabilise de ne pas être ou faire ce qui est en ton pouvoir, bref, les chansons monotones aux paroles redondantes qui jouent en boucle dans ta tête et qui font en sorte que tu fais trop souvent un pas en avant pour dix en arrière.

Si tu crois et répètes que t’es quelqu’un de trop timide, par exemple, bien tu as forcément raison. Est-ce que ça t’aide dans tes relations, dans ton estime personnelle et dans l’accomplissement de tes projets? Ça, c’est une autre histoire.

Si les mots ont le pouvoir de détruire, ils ont aussi le pouvoir d’édifier. Ton discours, que ce soit dans ta tête ou les paroles qui sortent de ta bouche, a un impact majeur sur le cours de tes activités et le résultat.

Penses-y : qu’est-ce que ton langage reflète ou transmet?

Il est peut-être temps de sacrer le vieux CD grafigné dans les vidanges et de le remplacer par un qui t’énergise et t’aide à avancer.

Ce sur quoi tu places ton attention prend de l’ampleur et ça commence par les mots que tu choisis d’utiliser.

Tu peux aussi continuer de tenir un discours déprimant en compagnie de gens déprimés. Tu finiras toi-même par constater les effets sur l’atteinte ou plutôt l’attente de l’atteinte de tes objectifs.

Le go que tu attends

Le jour où tu as appris à faire du vélo, il y avait des petites roues de chaque côté de la roue arrière. Probablement aussi qu’un de tes parents te donnait une petite poussée pour partir. Ensuite, il t’encourageait en courant à côté de toi pour essayer d’éviter que tu finisses la face effoirée sur l’asphalte si tu tombes.

Est-ce que ça t’a empêché de tomber et de t’arracher un genou? Fortes chances que non. Malgré toutes les précautions, l’assistance et la pratique, il y a quand même eu une fois (ou plusieurs) où tu t’es planté solide.

Morale de l’histoire : peu importe ce après quoi tu attends, ça ne sera jamais suffisant pour te garantir le succès ou pour te réconforter dans ta peur paralysante de l’échec.

Arrête d’attendre que ce soit suffisamment beau, que ton mentor te dise quoi faire ou que le prochain article de blogue te guide sur la méthode magique à utiliser.

C’est dans ton intérêt d’apprendre à te donner ton propre go, selon tes standards : tes valeurs et ton éthique de travail. Y’a juste toi qui connais l’intention derrière ce que tu entreprends. Alors, soit tu décides d’attendre un signe, soit tu décides d’être proactif et de te mettre en mouvement pour que ça devienne une réalisation du présent.

Après tout, t’as pas décidé d’entreprendre pour attendre qu’on te dirige, mais plutôt pour diriger librement. C’est toi qui commande!

La norme de ton illusion

On veut tous se sentir important et être apprécié pour ce qu’on tente si bien que mal d’apporter au monde. En regardant autour, on se compare aux autres pour déterminer si on est normal ou pas.

On s’invente des normes à respecter pour éviter de recevoir des tomates par la tête. Pour être différent, mais pareil à la fois, on s’impose un paquet d’affaires sans réfléchir si ça s’applique ou non à ce qu’on veut vraiment.

C’est exactement le genre de pratique qui fait en sorte que tu te réveilles 3 mois ou 2 ans plus tard à procrastiner sans arrêt parce que tes journées sont remplies de choses que tu n’aimes pas faire, finalement.

Ce que tu t’imposes, c’est l’illusion que si tu racontes assez longtemps la même chose, que tu fais comme les autres ou que tu attends le bon moment, tu vas t’accomplir et faire prospérer tes projets.

Je pense à George qui est graphiste et qui n’aime pas faire de logos, mais qui offre ce service quand même pour éviter d’être anormal.

Résultat : George récolte plein de contrats de logos et pas de contrat de mise en page (ce qu’il préfère). Il est continuellement dans un état rabougri et il fait du déni en essayant d’endormir son hamster mental sur Facebook.

Parce qu’on veut plaire et être utile, notre tête nous joue constamment des tours. C’est intéressant d’y porter attention pour apprendre à détecter quand c’est le cas et ne pas se laisser guider par des illusions.

Inconsciemment, on a tendance à penser que ça va être rapide et relativement facile. On cherche la meilleure manière avant même de commencer. On se crée ainsi l’illusion qu’on est normal et que la réussite est assurée. Mais attention, tu peux réussir tout ce que tu entreprends.

La question est donc : que veux-tu vraiment réussir, dans quelle mesure et pourquoi? Qu’est-ce que ça va t’apporter à toi et aux autres?

Tu peux sûrement avoir la même réussite que Simone ta voisine.

Est-ce réellement ce qui correspond à ta définition du succès, au mode de vie que tu désires et à ce que tu veux offrir aux autres?

C’est dans ta tête que ça s’passe

Tout ça, c’est dans ta tête que ça se passe, là où ton p’tit diable, M. Ego, manigance pour diriger ton existence. C’est à toi d’être attentif à ce qui se passe là-haut. C’est ta responsabilité de dominer ce p’tit faiseur de trouble qui cherche à dicter comment tu te comportes.

La seule différence entre l’histoire que tu racontes et celle que tu voudrais raconter, c’est celle que tu choisis et ce que tu fais avec ensuite.

Apprends à reconnaître lorsque tu fais de ton mieux et lorsque tu n’as pas tout donné. Prends conscience que tu peux toujours t’améliorer. C’est un choix qui dépend de ce que tu veux profondément.

Garde à l’esprit que ce que tu penses et dis (racontes) contrôle ce que tu es, fais et deviens.

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Es-tu né pour un petit pain?

Je vais commencer ce texte par un disclaimer pour mettre deux-trois petites choses au clair dès le début. Primo, ceci n’est pas une thèse “scientifique”, mais plutôt un texte d’opinion qui s’appuie sur des faits historiques. Tu peux donc t’attendre à avoir mon avis sur quelques sujets controversés (ne fais pas trop le saut!).

Deuxio, dans ce texte je vais souvent employer le terme “les Québécois”, pour désigner les “Québécois d’origine canadienne-française” puisque ce texte est une réflexion sur une problématique qui était, à l’origine, propre aux “Canadiens français” des deux-cent-quelques dernières années. Ça ne veut en aucun cas dire que je considère que les Québécois de diverses origines ne sont pas de “vrais Québécois”, simplement que l’identité québécoise a beaucoup évolué et que j’utiliserai ce terme plutôt dans son sens historique que moderne.

Ceci étant dit…

Il y a un dicton qui dit que les Québécois sont nés pour un petit pain. D’où provient cette croyance, a-t-elle déjà été vraie et, surtout, s’applique-t-elle de nos jours?

“Être né pour un petit pain”

Fig., fam. pour traduire une attitude de résignation, l’acceptation de sa condition modeste, la fatalité d’un destin sans horizon.

Au Québec, en 2018, je pense qu’on peut s’entendre pour dire que l’expression “les Québécois sont nés pour un petit pain” est arriérée. On a assez de vedettes qui sont passées à l’international, d’entreprises florissantes et de scientifiques novateurs pour savoir que notre citoyenneté n’empêche ni le succès ni la richesse.

Le problème, c’est que même si notre côté rationnel réfute l’idée que les Québécois soient nés pour un petit pain, notre subconscient n’est pas nécessairement de cet avis.

On évolue tous dans une société qui nous transmet un système de croyances, que ce soit au niveau de la spiritualité, de la sexualité, des rôles et responsabilités des citoyens, du bien et du mal ou du possible et de l’impossible. Et tout comme un individu, on pourrait dire que notre mentalité collective a un “conscient”, connu et accepté, et un “subconscient” officieux et tabou.

Ce qui m’amène à aborder l’un des gros problèmes qu’on a au Québec et qui nous empêche trop souvent d’atteindre notre plein potentiel: on n’est pas nés pour un petit pain, mais cette idée subsiste quand même dans notre “subconscient” collectif et nous est donc transmise par notre propre société. Il s’agit d’une croyance limitante à grande échelle, transmise de génération en génération, sans même qu’on s’en rende compte.

La vérité, c’est que le Québec est aussi peuplé de bons vivants incroyablement créatifs, débrouillards, patenteux, travaillants, respectueux, profondément égalitaires et particulièrement fiers. Un vrai peuple de “winners” quoi!

Mais parallèlement, on a un problème avec l’argent et le succès et il est temps qu’on en parle.

Il s’agit d’une croyance limitante à grande échelle, transmise de génération en génération, sans même qu’on s’en rende compte.

Tu te dis sans doute “Ben voyons, je n’ai pas de problème avec l’argent et le succès, au contraire, je ne demande pas mieux!”. N’est-ce pas ce qu’on se dit tous? Mais il est là le noeud du problème, c’est notre “conscient” qui parle.

Voir aussi: 5 étapes pour se libérer de ses croyances limitantes 

En pratique, on est souvent les premiers à se mettre des bâtons dans les roues. Au moment d’accomplir quelque chose qui a réellement le potentiel de nous enligner vers le succès, on procrastine, on se laisse distraire, on “passe tout droit”, on se convainc qu’on n’est pas prêt, qu’on n’a pas ce qu’il faut, qu’il nous manque quelque chose, qu’on est trop occupés, que ce n’est pas le bon moment…

Mais qu’est-ce que notre “subconscient” peut bien nous dire à notre insu pour que, dans les faits, on soit toujours “à cheval entre deux tracks”, indécis, ambivalents, intimidés et hésitants face à ce qu’on veut obtenir et accomplir?

Tu l’auras sans doute compris, cet article sera assez différent des autres qui se retrouvent sur le blogue. Il ne te permettra pas d’être plus efficace avec un ordinateur ou d’apprendre à mieux gérer ton temps. Ce que je te propose, c’est plutôt de zoomer sur l’ADN identitaire du Québécois pour trouver d’où nous provient cet “inconscient collectif” qui influence notre perception de la richesse et du succès. Dans les paragraphes qui suivent, je te propose donc “d’arracher le plaster”, de regarder le “bobo” comme il faut, d’analyser ce qui l’a causé et de le laisser respirer un peu pour qu’il puisse enfin commencer à cicatriser.

« Les Québécois sont nés pour un petit pain »

Mais d’où vient ce dicton fataliste? Et pourquoi est-ce qu’on en parle encore de nos jours?

Pour répondre à cette question, un petit flashback historique est nécessaire. Je vais tenter de simplifier ça au maximum: à partir de 1534, le territoire du Québec actuel fait partie de la colonie française nommée la Nouvelle France (qui regroupera  le Canada, l’Acadie et la Louisiane).

Un peu plus de 200 ans plus tard a lieu la guerre de la Conquête, que nous perdons (ahh cette fameuse bataille des Plaines!) après la prise de Montréal en 1760, ce qui fait en sorte qu’on devient soudainement des sujets de l’Empire britannique à la signature du traité trois ans plus tard. À ce moment, la majorité des habitants du territoire sont catholiques, francophones, ne parlent pas un mot d’anglais et vivent principalement de l’agriculture de subsistance répartis sur les terres des différentes seigneuries.  

Le Château Frontenac et la Citadelle de Québec vers 1890. Source: Musée McCord

Inutile de préciser que ça a créé un clash quand “l’envahisseur” anglo-protestant a pris les rênes du gouvernement et de l’économie. Malgré tout, les premières années de la transition se sont relativement bien passées. Il faut dire que le nouveau gouvernement “feelait doux” à l’égard des Canadiens français et permit, grosso modo, qu’ils continuent à vivre comme ils l’avaient toujours fait, en tant que francophones catholiques. Il faut dire qu’à ce moment la métropole britannique jouait de prudence; c’était une période marquée par les révoltes et seulement trois ans plus tard (1773) ils avaient les bras pleins avec les Treize Colonies (en gros, la côte est des États-Unis qui était à l’époque composée de colonies britanniques) qui se révoltaient contre une nouvelle taxe (révolte qui a mené à l’indépendance et la naissance des États-Unis quelques années plus tard).

Tout ça va bien changer, particulièrement quand il sera question de la langue française.

Fast-Forward une centaine d’années plus tard, en plein coeur de la révolution industrielle. Les anglophones ont le “gros boutte du bâton” dans le milieu des affaires et les décennies qui suivent sont marquées par l’implantation d’industries prospères qui attirent un grand nombre de paysans en quête d’une meilleure situation financière (l’industrialisation met beaucoup de pression sur le milieu agricole).

Intérieur du bureau de l’usine de pâte Laurentide, Grand-Mère, QC, vers 1900. Source: Musée McCord

Parallèlement, la majorité des Canadiens français demeurent isolés dans les villages, conservent leur mentalité paysanne et tentent de préserver leur religion leur culture et leur langue qu’ils défendent farouchement depuis des dizaines d’années. Pour subsister, ils développent donc un très fort esprit de communauté, de partage et d’entraide.

En gros, suite à la conquête les opportunités d’affaires se sont amenuisées rapidement pour les Canadiens français. Les “Anglais”  avaient accès plus facilement à du capital et bénéficiaient d’avantages commerciaux grâce à la mère patrie, et les Canadiens français se retrouvaient plus souvent qu’autrement à travailler pour un “boss” anglophone ou tentaient tant bien que mal de joindre les deux bouts en cultivant leurs terres et en variant leurs activités économiques (en faisant de l’artisanat par exemple).

Le Père Ladébauche

C’est de ce contexte, de cette mentalité de résignation, de ce sentiment d’être condamné à vivre sa vie en situation de désavantage économique que l’expression “être né pour un petit pain” est apparue.

L’une des premières mentions de cette expression se trouve dans l’édition du 5 octobre 1912 de La Presse, dans un texte humoristique: la causette hebdomadaire du Père Ladébauche à son cousin, un Canayen des States, Monsieur Goldenpolished Catbedcrazy (Polydore Chalifoux, en français).

La causette hebdomadaire du Père Ladébauche

“Il y a un vieux proverbe latin qu’on nous enseignait quand j’étais jeune et qui inocule ceci: “Quand on est né pour un p’tit pain, on n’est pas né pour un gros.” Je crois ma foi de gueux, que la ville de Montréal est née pour un simple biscuit à la mélasse, pas plus. (…)

Mais vous autres, dans les États qui êtes nés pour un gros pain, vous pouvez vous offrir des tunnels, des fils souterrains, des bibliothèques et une foule d’améliorations modernes. Nous autres, à Montréal, tout ce qu’on a pu se payer pour améliorer notre sort, c’est une Commission Royale pour rire, avec un Bureau de Contrôle pas pour rire.”

La Presse, 5 octobre 1912. Source: BAnQ

Au fil des décennies qui suivent, l’expression est souvent reprise pour décrire la condition des Canadien français, qu’on croit destinés à une vie modeste.

Plus ça change, plus c’est pareil?

Il faut dire aussi que le Québec qu’on connaît aujourd’hui est très différent de celui de nos grands-parents et arrière grands-parents.

En 1901, (c’est pas si loin que ça, c’est il y a à peine un peu plus de cent ans) il ne comptait que 1,65 million d’habitants. Pour te donner une idée, en 2016 la Ville de Montréal en comptait 1,7 million.

À cette époque, environ deux Québécois sur trois habitait toujours à la campagne et vivait de l’agriculture de subsistance, de l’exploitation forestière, de la pêche, de l’artisanat ou de la petite industrie.

Bref, jusqu’à tout récemment, les Québécois étaient principalement des villageois, même à Montréal qu’on appelait “la ville aux cent clochers” et dont chaque paroisse constituait un petit village en soi.

Aujourd’hui, on est environ 8,3 millions d’individus au Québec et près de la moitié de la population habite dans la Région métropolitaine de Montréal.

Notre population a donc beaucoup augmenté et est plus urbaine que jamais. Mais qu’est-ce que ça signifie pour notre mentalité?

Les irréductibles villageois

Une chose est sûre, l’esprit de village, le sentiment d’appartenance à une communauté et la fierté qui s’en dégage ont modelé la culture québécoise et est typique de ses habitants, d’hier comme d’aujourd’hui.

Même si les populations se sont beaucoup déplacées et que les modes de vie ont changé, les Québécois d’origine Canadienne française ont toujours l’âme de villageois. L’entraide et la solidarité font partie de leurs valeurs profondes et ils sont très attachés à leur milieu.

C’est cet “esprit de clocher” qui fait en sorte que nous sommes tous convaincus que la meilleure poutine du Québec se trouve dans notre quartier…

Toutefois, malgré cet esprit villageois qui persiste, les Québécois ne sont plus isolés dans leurs villages. Ils se déplacent davantage, sont plus éduqués et ont développé une ouverture sur le monde.  

Notre culture et notre mentalité sont donc imprégnées des valeurs de solidarité propres aux communautés villageoises, sans nous limiter géographiquement et nous priver des opportunités qui dépassent les limites de notre patelin.  

L’union fait la force

L’esprit villageois, couplé à la situation de minorité et d’impuissance des Canadiens-français suite à la conquête, a donné naissance à un instinct de survie culturelle particulièrement tenace.

Pour conserver le droit de parler leur langue, de pratiquer leur religion et de cesser d’être considéré comme des citoyens de second ordre, il a fallu revendiquer, manifester et argumenter. Et pour parvenir à se faire entendre, ils ne pouvaient pas se permettre d’argumenter différents discours. Il fallait à tout prix éviter la division, s’entendre, atteindre un consensus et parler d’une seule voix.  

L’héritage de cette mentalité se traduit dans le milieu des affaires par la mise sur pied d’un grand nombre d’entreprises de type coopératives (comme Desjardins) et de regroupements de marchands (IGA par exemple).

C’est un élément qui a énormément contribué à faire valoir nos droits et rejeter l’idée qu’on est “nés pour un petit pain”, mais ironiquement c’est souvent ce qui freine la croissance de nos entreprises en ce moment. Cette obsession du consensus nous emprisonne dans la lenteur administrative, et même l’immobilisme, jusqu’à ce que tous les joueurs parviennent à un commun accord. Ça rend tout à fait impossible la prise de décision rapide et nous fait manquer le train de plusieurs opportunités.  

Raconteux, violoneux et patenteux

Il y a un proverbe qui dit qu’on a les qualités de nos défauts. C’est particulièrement vrai dans le cas de l’identité du Canadien français.

L’isolement dans les villages et le repli social a eu pour effet de stimuler l’imaginaire et la créativité des habitants qui ont créé et entretenu leur propre culture.

Chemin rural vers 1925. Source: Musée McCord

Dans un premier temps, pour pallier la faiblesse économique il fallait être débrouillard et créer les solutions aux problèmes du quotidien. C’est ce qui donna naissance au typique “patenteux”, celui qui arrive à créer à peu près n’importe quoi avec de la broche à poules, des roues de bicycles, des vieux bidons et deux-trois clous.

Puis, pour se divertir et affirmer leur identité, ils transmettaient leur folklore sous forme de contes et légendes, de musique et de danse. Une gigue, un p’tit set carré, une soirée de musique et puis “changez de côté, on s’est trompés, c’est pas mêlant on s’trompe tout l’temps”!  

Les raconteux, violoneux et patenteux étaient omniprésents dans les villages québécois d’antan. La créativité, pour un Québécois d’origine canadienne-française, ce n’est pas simplement une qualité, c’est littéralement un trait culturel.

De nos jours, cette prédisposition à être créatif et ingénieux fait toujours partie de notre mentalité. Mais, à l’origine une conséquence de l’isolement, elle est devenue la source d’une industrie culturelle et créative florissante. On n’a qu’à penser au Cirque du Soleil, par exemple, ou aux chanteurs, musiciens, acteurs et artistes en tous genres qui rayonnent sur la scène québécoise et internationale.   

L’esprit de collaboration développé dans les villages et la volonté à atteindre un consensus font en sorte que les Québécois sont très forts pour échanger leurs idées, discuter et mettre leurs esprits en commun de façon très créative.

Nés pour un petit pain, vous avez dit?

L’argent c’est mal

Malgré le fait qu’on soit culturellement très créatifs et débrouillards, on n’est pas particulièrement doués pour vendre nos idées et nos produits. La vente et le marketing sont des domaines où nous sommes un peu boiteux.

Pourquoi?

Principalement parce qu’au Québec, on a une drôle de relation avec l’argent. On méprise les “gosses de riches” qui sont “nés avec une cuillère d’argent dans la bouche” et font leur “show-off”, tout en étant exaspérés par les “gens gratteux”, par les “séraphins” qui s’accrochent à leurs cennes. On ramasse les coupons du publi-sac et on fait des “économies de bouts de chandelles” mais on ne peut pas s’empêcher de faire nos “voisins gonflables”. On s’enrage contre l’évasion fiscale, mais on saute sur l’occasion de travailler au noir pour sauver un peu d’impôt. On se dit ouverts et avant-gardistes, mais on se bat constamment pour maintenir le statu quo.

Bref, on est un vrai paradoxe sur deux pattes!

Tout cela cache un malaise de société assez flagrant vis-à-vis l’argent. C’est un sujet tabou dont on évite de parler pour ne pas faire de “chicane”.

On a hérité d’une perception très négative de ceux qui font beaucoup d’argent. Sans même s’en apercevoir, on juge souvent de la qualité d’un individu selon son portefeuille. On catégorise souvent les personnes qui ont beaucoup d’argent, qui sont “riches”, dans l’un de ces deux clichés, soit:

  1. ils sont nés (ou se sont mariés) dans une famille riche, n’ont jamais travaillé une minute de leur vie et n’ont aucune éthique de travail, ou bien
  2. ils sont parvenus à s’enrichir en étant malhonnêtes et sans scrupules!

Les affaires sont les affaires, et en affaires il n’y a pas d’amis. N’est-ce pas?

Les individus qui font beaucoup d’argent préfèrent donc souvent éviter ce sujet pour ne pas être lynchés sur la place publique. Après tout, c’est ce qui se produit immanquablement chaque fois qu’on dévoile dans les médias le salaire des hauts dirigeants, chefs d’entreprises ou des PDG de nos Sociétés d’État.

Cette relation particulière avec la richesse, c’est l’envers de la médaille de notre société.

L’inconvénient d’évoluer dans une société très égalitaire est qu’on n’aime pas que les autres se distinguent trop de nous. On rêve tous d’être riches, tout en commérant dans le dos de ceux qui le sont devenus. On méprise ceux qui s’élèvent au-dessus de nous, mais on justifie ce mépris en se disant que ce sont des “crosseurs” qui “pètent plus haut que le trou”.

Mais d’où nous vient donc cette relation amour/haine avec l’argent et le succès?

Faut pas être plus catholiques que le pape!

On ne peut pas parler de cette croyance que les Canadiens français sont “nés pour un petit pain” sans parler un brin de l’Église catholique qui était aux commandes jusqu’à la seconde moitié du 20e siècle.

Groupe d’élèves, couvent Sault-au-Récollet, QC, 1866. Source: Musée McCord

Pendant ce temps, elle a donc littéralement dicté aux Québécois comment il fallait agir, ce qui était bien et ce qui était mal. Quand on considère ces extraits de la Bible, on comprend un peu mieux d’où vient ce malaise face à l’argent:

 Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit: Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous! (Luc 6:20) 

(…) vends tout ce que tu as, distribue- le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. (…) Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Car il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. (Luc 18:25)

Clairement, la religion catholique a quelque chose contre l’argent et le succès (ironiquement)!

Cette idée qu’il est nécessaire de ne pas accumuler de richesses et de vivre modestement pour “gagner son ciel” tombait à pic dans le contexte socioéconomique d’après conquête. C’était une façon efficace de faire d’une pierre deux coups: encourager la modestie, récolter une dîme généreuse et rassembler ses ouailles autour d’un discours qui renforce l’identité canadienne-française en les dissociant davantage des protestants anglophones (il y avait une dynamique particulière avec les catholiques anglophones, principalement des immigrants écossais et irlandais, mais on n’entrera pas dans les détails.) .

En cas de difficultés économiques, la solution mise de l’avant par le clergé pour subsister et parvenir à nourrir la famille n’était pas de faire plus d’argent, mais plutôt d’économiser, de vivre modestement et de s’entraider entre paroissiens. C’est d’ailleurs dans cet esprit d’économie et de coopération et en répondant aux besoins financiers particuliers des Canadiens ruraux que Desjardins a implanté les premières caisses populaires sur le territoire.   

Bref, vouloir faire beaucoup d’argent et s’enrichir, ce n’est tout simplement pas catholique. Le monde des affaires, ce n’est pas leur monde. Cette mentalité a très certainement contribué à limiter la réussite économique des Canadiens français et alimenté le mythe que les Québécois sont nés pour un petit pain.

Après tout, pour réussir en affaires, il faut d’abord en avoir l’ambition et savoir reconnaître sa valeur et son mérite.

Les affaires, c’est l’affaire des autres

Montréal vers 1875- Intérieur du magasin de bijoux et d’orfèvrerie de Messieurs Savage, Lyman & Co, rue Saint-Jacques. Source: Musée McCord

Si on résume, on disait des Canadiens français qu’ils étaient nés pour un petit pain parce qu’ils ont été longtemps maintenus dans une situation de désavantage économique et étaient peu nombreux à occuper des postes influents.

Par contre, c’est un peu simpliste d’affirmer simplement que “c’est la faute aux anglais”. En effet, les nouveaux arrivants britanniques ont eu droit à des avantages commerciaux et économiques, mais ça n’a pas empêché un bon nombre de Canadiens français de se tailler une place parmi eux, par exemple, dans le gouvernement civil du Bas-Canada (source).

Toutefois, le repli dans les villages de la majorité des Canadiens français fait en sorte qu’on croit qu’ils sont prédisposés à une mentalité économique différente, ce qui servira souvent d’argument pour légitimer des politiques économiques distinctes pour ces “deux peuples” du Canada.

Si tu ne peux les vaincre, joins-toi à eux… ou pas.

Tout porte à croire qu’en réalité, le fait que les villageois se soient repliés sur eux-mêmes et n’apprenaient pas à parler anglais leur a permis de sauvegarder leur culture, mais les ont coupé du monde des affaires et de ses opportunités.

Je ne dis pas que c’est une bonne chose, et je ne dis pas que ça en est une mauvaise. Je crois que tout est relatif à l’angle avec lequel on considère l’histoire et la situation actuelle.

Les Canadiens français se sont retrouvés devant un choix: accepter qu’ils ont été vaincus et qu’ils ne sont plus une colonie française, apprendre l’anglais et l’enseigner à leurs enfants pour devenir des sujets britanniques en bonne et due forme ayant les mêmes droits et opportunités que les autres, ou défendre leur langue qui, malgré l’immigration britannique, était parlée par la majorité de la population et était un pilier de leur identité culturelle.

Pour la majorité des Canadiens, la question ne se posait même pas. Il s’agissait d’abord d’une question de fierté et de respect. Que la métropole britannique refuse de reconnaître le statut du français comme langue officielle était un affront au peuple.  

Étant donné que la société québécoise était largement menée par le clergé catholique francophone (y compris le domaine de l’éducation) et que les valeurs de l’Église prônaient la modestie, le choix était d’autant plus simple à faire.

Apprendre l’anglais allait donc à contresens. Et puisque le peuple ne parlait pas cette langue, le gouvernement britannique n’avait d’autre choix que de s’adresser à ses nouveaux sujets britanniques dans la langue qu’ils comprennent (du moins dans les débuts).

Le problème, c’est que la langue du commerce et des affaires, c’était l’anglais, non seulement avec les Québécois anglophones, mais aussi avec notre voisin, les États-Unis, qui développait rapidement son économie.

Mais bon, comme on dit, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre et la poursuite du succès et de la richesse n’était tout simplement pas compatible avec nos valeurs catholiques.

Bref, c’est l’une des raisons pour lesquelles les Québécois se sont retrouvés dans une économie de subsistance fondée sur l’esprit d’entraide et de partage et qu’ils variaient leurs activités économiques pour tenter malgré tout d’améliorer leur sort.

Les temps ont changé

C’est devenu anachronique de dire, en 2018, que les Québécois sont nés pour un petit pain.

Mais notre histoire, avec hauts et ses bas, a laissé une grosse trace de Sharpie très dure à effacer sur notre mentalité collective et notre perception de l’argent et du monde des affaires.

Cette perception négative, on l’a aussi vis-à-vis la langue anglaise.

In french ou en anglais?

Caricature d’Anthony Delatri

On est conscients que le bilinguisme est un atout social et professionnel important, pourtant, il n’y a que 44,5% de la population québécoise qui était considérée comme étant bilingue (capable de soutenir une conversation en français et en anglais) en 2016.

“Ouais mais le reste du Canada sont juste bilingues à 9,8%! Pourquoi c’est nous autres qui devrait apprendre l’anglais pis pas le contraire?” 

Parce que, si on sort du Québec, 91,2% des Canadiens parlent anglais à la maison et que nos voisins Américains ne sont pas moins de 237,8 millions d’habitants à parler exclusivement anglais, soit 80% du pays (est-ce qu’il faut que je répète qu’on est 8,2 millions de population totale au Québec?).   

Outre nos voisins géographiques, il faut aussi préciser que, selon les différentes études sur le sujet, le contenu anglophone sur internet représente de 32% à 51,9% de la totalité du web, contre 4,1% à 6,5% pour le contenu francophone.

Alors, qu’on le veuille ou non, on est entourés par la langue anglaise, et ne pas l’apprendre c’est se priver d’une énorme, énooooorme part du marché continental et d’un grand nombre de ressources disponibles (par exemple, les logiciels ou sites web qui ne sont pas traduits en français).  

Si je te disais que 55,5% de la population du Québec était analphabète, tu trouverais ça alarmant, n’est-ce pas? Hé bien c’est dans cette proportion que nous sommes analphabètes de la langue des affaires. Je ne veux pas dire qu’on n’a aucune chance de réussir en affaires si on ne parle pas anglais, mais je pense que c’est se tirer dans le pied et s’arranger pour boiter “pendant un maudit boutte.”

Et non, ce n’est pas parce qu’on apprend à parler anglais qu’on oublie comment parler français. Plus que jamais, on a accès aux ressources pour apprendre à bien parler notre langue maternelle et en maîtriser une autre. Ou deux. Ou pourquoi pas cinq, c’est la beauté de notre cerveau, il n’a pas “quota” linguistique!

Bref, il ne faut pas tenir notre langue maternelle et culturelle, le français, pour acquis, mais il faut cesser de vilipender l’anglais. Il est temps qu’on arrête de se servir de notre rancune historique pour blâmer l’anglophone (ou l’allophone) du déclin de la langue française, alors qu’on n’a même pas assez de motivation pour se donner la peine d’apprendre notre propre langue “comme du monde”. 

Le problème, c’est que même si on éliminait l’anglais de notre vue , ça ne nous donnerait pas plus le goût de mieux parler français. Ce n’est pas en renommant Best Buy “Meilleur Achat” qu’on va soudainement avoir envie de maîtriser notre grammaire.

À mon avis, restreindre l’anglais ça ne développe pas le français et ça ne sert en rien la cause de la francisation au Québec. On n’est pas nés pour un petit pain, mais si on veut aller se chercher un gros pain il faut qu’on puisse s’adresser au baker qui le pétrit, que ça nous plaise ou non.

Habitudes et préjugés

D’abord, il faut dire qu’il y a proportionnellement très peu de gens “riches” au Québec. En 2009, seulement 4,1% de la population aurait déclaré gagner plus de 100 000 $ dans l’année (contre environ 16% pour l’ensemble du Canada). C’est très peu, et ça fait en sorte qu’on voit les gens qui ont de l’argent un peu comme des exceptions, des anomalies auxquelles on a du mal à s’identifier.

On a également une sorte de mépris pour les fortunes familiales. Contrairement aux États-Unis où les empires familiaux sont nombreux et en sont souvent aux cinquièmes ou sixièmes générations, ici quand on entend les noms de Desmarais, Molson ou Péladeau, on grince des dents parce qu’on a l’impression qu’ils n’ont pas mérité leur argent. C’est là qu’on constate à quel point notre culture entrepreneuriale est jeune et n’a pas encore fait son chemin dans notre mentalité collective.

De grands rêveurs

On est particulièrement doués pour rêver éveillés. On est créatifs, on aime se fier à notre instinct et on apprécie la poésie des termes comme “liberté” et “destin”.

C’est ce qui nous attire le plus de l’entrepreneuriat, ça fait appel à notre côté rêveur. Mais quand vient le moment de mettre notre vision à exécution, on perd vite notre entrain, car on se retrouve à l’extérieur de notre zone de confort. 

Louis-Adolphe Paquet, 100 ans après la Conquête et quelques années après la défaite des Patriotes

« Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées ; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée… » Voilà une mission – et une consolation – porteuse d’espérance d’une vie céleste éternelle. (source)

Notre penchant pour la pensée et la réflexion fait donc aussi partie de notre culture. C’est pourquoi nous sommes aussi créatifs. Le problème, c’est qu’ “une invention ne deviendra célèbre que si elle est appuyée par une bonne stratégie marketing. Avoir une idée est une chose; la rentabiliser est une autre.” (Source p.187.)

On a des croûtes à manger

Les Québécois ne sont définitivement pas nés pour un petit pain, mais ils ont des croûtes à manger.

Il y a un travail d’introspection à faire pour apprendre à reconnaître nos faiblesses et trouver des façons de les surpasser.

La recherche du consensus à tout prix, par exemple, nous est très nuisible en affaires. Au cours d’une entrevue réalisée lorsqu’elle était à la tête de l’organisme de prospection économique Montreal International, Dominique Anglade avouait que “Malheureusement, nous avons créé des systèmes lourds et complexes. Nous avons mis trop d’importance sur les moyens et moins sur les résultats. A-t-on réellement besoin de consulter tout le monde avant de prendre une décision?” (Source, p.76).

Sur un autre ordre d’idée, on a aussi tendance à banaliser l’ambition et à ne pas prendre ceux qui en ont au sérieux.

On entend souvent des trucs du genre “Comme ça mon p’tit gars, tu veux devenir entrepreneur? C’est cute. Mais si tu veux faire vivre ta famille, ça va te prendre une vraie job. Pourquoi tu ne vas pas porter ton nom dans une shop?”

Bref, sortir des sentiers battus pour prendre le chemin de l’entrepreneuriat est immédiatement découragé parce qu’on a l’impression que c’est une voie sans avenir. L’ambition, c’est bien, tant que ça te mène à l’université pour avoir une job “stable”.

Une nouvelle vision

La bonne nouvelle, dans tout ça, c’est que la société québécoise a énormément évolué au cours des dernières décennies. De plus en plus, notre société accepte l’idée que l’argent, ce n’est pas “le démon”, que c’est un outil, ni plus ni moins. Ce qui fait la différence, c’est la façon dont on dépense cet argent. L’argent ne fait pas le bonheur, mais ça peut nous permettre de:

  • Étudier n’importe où, avoir accès au niveau d’éducation désiré, n’importe où dans le monde.
  • Bénéficier des meilleurs soins de santé et plus rapidement, pour nous et nos proches.
  • Se consacrer à ses passions et loisirs sans avoir à se limiter financièrement.
  • Donner généreusement aux causes qui nous tiennent à coeur, soutenir la recherche et le développement.
  • Avoir une maison et élever une famille sans se soucier des finances.
  • Etc.

L’histoire a fini par jouer en notre faveur en ce qui concerne notre identité et les forces qui s’en dégagent. À partir du moment où on a su s’ouvrir aux cultures qui nous entouraient, on a pu apprendre d’elles. Tranquillement mais sûrement, on a adopté et intégré à notre propre culture la productivité et l’efficacité à l’américaine et l’esprit d’équipe britannique qui, combinés à notre créativité et notre esprit de “villageois moderne”, nous ont permis de nous démarquer rapidement dans le monde des affaires.

Selon le rapport sur l’activité entrepreneuriale au Québec, nous sommes présentement à l’endroit dans tous les pays du G7 où l’entrepreneuriat est le plus valorisé. Un peu plus de 20% des Québécois aimeraient lancer une entreprise dans les trois années qui suivent, et ce chiffre est à la hausse depuis 2013. Toutefois, il y a une différence entre l’intention et l’action.

Tel que mentionné précédemment, notre culture entrepreneuriale est encore jeune et nous n’avons pas tout à fait confiance en nos compétences et notre capacité à réussir en affaires.

Conclusion

Est-ce que les Québécois sont nés pour un petit pain?

La réponse est non, bien entendu. Je ne crois pas, de toute façon, que quiconque soit né pour un petit pain, peu importe le milieu ou l’endroit où il est né.

Mais l’identité québécoise a été malmenée au fil des ans. Notre capacité à entreprendre et notre sens des affaires ont été remis en question. Pour différentes raisons, les Canadiens français ont longtemps été considérés comme des citoyens de second ordre qui étaient destinés à une vie modeste.

La richesse, elle est là, elle est accessible et elle n’est pas réservée à ceux qui sont “nés dans la ouatte”. Peu importe qu’on soit nés dans une famille riche de Montréal ou élevés par une mère monoparentale à Shawinigan, qu’on soit allés au Collège Privé ou qu’on ait eu un parcours sans éclat dans le système public, les opportunités sont là pour tous.

Même si on sait que les Québécois ne sont pas nés pour un petit pain, on a tendance à évaluer nos chances de réussite selon le milieu dans lequel on est nés. C’est une mentalité qu’il faut impérativement changer.

Néanmoins, il serait vrai qu’au Québec, on a moins “l’envie” de réussir en affaires. Selon une étude présentée dans le livre “Le code Québec”, 74% des Québécois francophones préfèrent vivre le moment présent plutôt que préparer l’avenir, et 38% préfèrent faire de l’argent contre 62% avoir plus de temps.

Il semblerait qu’on soit un peuple reconnu pour sa “joie de vivre” et qui a fait le choix de consacrer son temps et son énergie à profiter de la vie (YOLO) au détriment de ses finances.

Et je n’ai absolument rien contre ça!

L’important est que notre mode de vie et nos ambitions nous conviennent et nous rendent heureux, après tout. Il faut seulement s’assurer que, si on préfère ne pas passer trop de temps à préparer notre avenir, ce ne soit pas à cause de la croyance limitante qu’on ne peut pas avoir un avenir prospère et que c’est perdu d’avance.  

Le Québec hétérogène

Finalement, il faut aussi reconnaître qu’on ne peut pas mettre tous les Québécois dans le même panier. Le Québec, c’est beaucoup plus que Montréal et Québec, la ville et la campagne, le français et l’anglais, les catholiques et les protestants.

La mentalité à Montréal est différente de celle de Québec, qui diffère des mentalités qu’on retrouve dans les régions. Le Multiculturalisme, la diversité, le bilinguisme sont autant de critères qui vont largement influencer les mentalités de nos communautés. 

 Montréal, la multiculturelle, la plus britannique des villes québécoise, a toujours eu de la difficulté à comprendre Québec, la républicaine, la plus française des villes québécoises.” Le code Québec, p.156
Bref, le Québec est loin d’être homogène, alors dans cette optique il serait ridicule d’affirmer que “les Québécois sont nés pour un petit pain”!

Un portrait incomplet

Dans ce texte, on a parlé de la Conquête britannique, des enjeux de la langue française, de l’influence de l’Église catholique, de l’esprit de clocher et de l’isolement dans les villages. On a abordé différents points qui expliquent en partie pourquoi on s’est retrouvés dans une situation d’économie de subsistance et pourquoi nous avons été, pendant très longtemps, quasiment absents du monde des affaires.

Je ne prétends pas avoir fait le tour de la question, car retracer tous les éléments historiques qui ont formé la mentalité québécoise telle qu’on la connaît aujourd’hui demande de brosser un portrait beaucoup plus large. On n’a pas parlé de l’influence de la crise économique des années 30, ni des deux guerres mondiales, des différentes vagues d’immigrations, de la révolution tranquille, de la place des femmes en affaires…

Bref, nous avons simplement mis de l’avant quelques-unes des tendances sociales les plus susceptibles d’avoir alimenté notre “inconscient” collectif et le mythe que les Québécois sont nés pour un petit pain.

Quelle est votre opinion sur le sujet? Que vous soyez d’accord ou pas avec ce qui est avancé dans ce texte, ça me ferait très plaisir d’en discuter! N’hésite pas à utiliser la section “commentaires” ci-dessous. J’ai également posé la question sur Quora, par curiosité, vous pouvez également aller y consulter les réponses des autres et y ajouter la vôtre! 

Sources:

Les mémoires québécoises, par Jacques Mathieu et Jacques Lacoursière.

Histoire du Mouvement Desjardins Tome 1 Desjardins et la naissance des caisses populaires 1900-1920. Tome 1, par Pierre Poulinre-Mouvement-Desjardin

Patronage et Pouvoir dans le Bas-Canada, 1794-1812: un essai d’économie historique, par Gilles Paquet et Jean-Pierre Wallot.

Rapport sur l’activité entrepreneuriale au Québec, par Étienne St-Jean et Marc Duhamel

Le Code Québec: Les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde, par Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Pierre Duhamel.

Nous sommes prisonniers de nos croyances limitantes.

5 étapes pour se libérer de ses croyances limitantes

Ce que l’on est, notre façon de penser et d’agir, tout comme ce qu’on a le potentiel d’accomplir, dépend grandement de nos croyances.

Croyancenom féminin: Fait de croire à l’existence de quelqu’un ou de quelque chose, à la vérité d’une doctrine, d’une thèse. (Larousse)”

Autrement dit:

  • Si on croit que la terre est plate, on n’essaie pas d’en faire le tour en bateau.
  • Si on croit qu’une sécheresse est une punition divine, on fait la danse de la pluie plutôt que de mettre au point des techniques d’irrigation efficaces.
  • Si on croit qu’on n’est pas capable d’apprendre à utiliser WordPress ou Photoshop parce qu’on est nul en informatique, alors on ne se donne pas vraiment la peine de l’essayer.

Tu commences sans doute à voir où je veux en venir…

Quand ce qu’on croit nous empêche d’avancer, que ce soit à l’échelle d’une société ou d’un individu, c’est un réel problème. On appelle les croyances en nos limites ou incapacités les croyances limitantes.

On n’est pas faits en verre…

En Europe vers la fin du Moyen âge, une forme de croyance limitante assez particulière a marqué une véritable vague de désordres psychiatriques: les gens atteints étaient convaincus qu’ils étaient faits en verre.

Ils avaient si peur de casser en mille morceaux qu’ils s’empêchaient de sortir, de s’asseoir, s’emmitouflaient dans des couvertures ou des coussins pour protéger leurs corps des bris accidentels et évitaient tout contact physique. Ce délire aurait même atteint le roi Charles VI de France qui, paraît-il, portait des vêtements renforcés et refusait que quiconque le touche.

On n’entrera pas dans les détails des causes de la popularité de cette croyance particulière à ce moment précis de l’histoire. Disons simplement que, même si c’est un exemple assez extrême, il démontre à quel point une croyance bien ancrée peut nous paralyser, nous empêcher d’agir et nous servir à justifier des comportements autrement irrationnels!

Les croyances limitantes: un frein à la carrière

Au travail, les croyances limitantes sont souvent le principal obstacle qui se dresse sur le chemin de l’atteinte de notre objectif professionnel.

C’est la petite voix dans notre esprit qui nous dit qu’une tâche est trop difficile, qu’on n’est pas  assez bon ou qu’on n’a pas les compétences pour la mener à bien. C’est une façon inconsciente de justifier l’inaction qui nous permet de rester en terrain connu et d’éviter de se sentir vulnérable.

Pour atteindre notre plein potentiel et vivre une carrière véritablement enrichissante et gratifiante, il est donc primordial d’apprendre à reconnaître et neutraliser les croyances limitantes.

Pour ce faire, il faut d’abord prendre conscience des croyances limitantes qui nous habitent, utiliser la méthode “Coué” et la visualisation pour les neutraliser, sortir de sa zone de confort et adopter des comportements qui vont nous permettre de nous en débarrasser.  

1-Prendre conscience

La première étape pour neutraliser les croyances limitantes est de prendre conscience de leur existence.

Conscience, nom féminin: En psychologie, il s’agit de la “fonction de synthèse qui permet à un sujet d’analyser son expérience actuelle en fonction de la structure de sa personnalité et de se projeter dans l’avenir.” (Larousse)

Nos croyances prennent toutes racine quelque part et sont assimilées par notre cerveau d’une façon semblable à nos souvenirs. Elles proviennent généralement de notre expérience personnelle et de notre exposition à différents stéréotypes au fil du temps.

Dans une situation où on fait face, par exemple, à l’échec ou l’humiliation, notre cerveau peut intégrer de nouvelles croyances limitantes qui vont tenter d’empêcher que la situation ne se reproduise dans l’avenir.  

C’est pourquoi de l’anxiété et un sentiment de peur vont souvent se manifester par la suite à la simple pensée de faire quelque chose qui va à l’encontre de ce que l’on croit.

C’est à ce moment précis qu’on tombe dans le piège!

Les croyances limitantes peuvent généralement être regroupées en trois catégories: le désespoir (ça ne changera rien), l’impuissance (je ne suis pas capable) et l’absence de valeur (je ne mérite pas).

Alors, pour détecter quelles croyances limitantes t’empêchent d’avancer dans ta carrière, considère la liste suivante et demande-toi si certaines de ces pensées te sont familières:

  • Je ne suis pas doué dans “X” domaine et ça ne changera jamais.
  • Je comprends que ça s’applique à certains, mais pour moi ce n’est pas pareil…
  • Je n’ai pas la capacité physique de faire “X”
  • Je suis trop vieux / trop jeune pour faire “X”
  • Je ne mérite pas “X” opportunité
  • Même si j’essaie, ça ne changera rien.

Ensuite, dresse la liste de tes propres croyances limitantes. Remonte à la source de tes frustrations au travail et investigue sur les raisons qui font en sorte que tu n’as pas l’impression d’être sur la bonne voie pour atteindre la carrière ou le salaire dont tu rêves. Il faut envisager l’avenir avec espoir, prendre conscience de tes capacités et assumer la responsabilité de ton succès.

Finalement, tu dois faire la part des choses et réaliser que ce que tu crois ne reflète pas nécessairement la vérité. Tu as deux choix: céder à la mentalité de victime, ou prendre les choses en main pour parvenir à tes fins.  

2-La méthode Coué

La méthode Coué est une pratique de la pensée positive par l’autosuggestion.

Pour utiliser cette méthode dans le combat contre les croyances limitantes, il faut intercepter chaque pensée négative liée à nos croyances et se répéter l’affirmation inverse dans notre tête.

Par exemple, si tu penses: “Je n’arriverai jamais à accomplir cette tâche”, remplace aussitôt cette pensée par “Je suis tout à fait capable d’accomplir cette tâche.”

Le but est de convaincre ton subconscient que ce que tu te répètes est vrai, de “reprogrammer” tes croyances, en quelque sorte.

Cette méthode à elle seule ne sera sans doute pas suffisante pour enrayer tes croyances limitantes, mais sera d’une aide précieuse pour les combattre.  

3-Visualiser

Si tu ne crois pas pouvoir atteindre un objectif, une méthode efficace pour inverser cette croyance est de visualiser le chemin pour t’y rendre.

Décortique étape par étape tout ce qui serait nécessaire pour atteindre ton but et visualise-toi en train de réaliser ces étapes.

Par exemple, si tu dois apprendre de nouvelles compétences, visualise-toi en train d’écouter un cours en ligne, de lire sur le sujet et de pratiquer ce que tu as appris.

En pavant mentalement le chemin vers ton but, tu prendras confiance et auras davantage de facilité à croire qu’il est atteignable, ce qui te permettra de te défaire graduellement de tes croyances limitantes.

4-Sortir de sa zone de confort

Pour véritablement éliminer les croyances limitantes, il faut sortir de sa zone de confort et passer à l’action.

Pour ce faire, il faut trouver le “comment faire” qui répond par une question à la croyance limitante.

Par exemple, si on se dit : “Je suis trop jeune/vieux pour réaliser cette tâche”. Il faut se demander “Comment faire pour réaliser cette tâche avec brio malgré mon âge?”

Évidemment, en sortant de sa zone de confort et en passant à l’action, on risque tout de même de faire face à un échec. Ce n’est pas grave! Comme l’a si bien dit Einstein: “l’échec ne signifie pas que tu es un échec, ça signifie seulement que tu n’as pas encore réussi.”

L’important, c’est de ne pas se complaire dans l’inaction en jouant à la victime. Il faut tenter d’avancer vers notre objectif et être fiers de nos avancées, peu importe le résultat.

5-Faire comme si

Faire comme si, de l’expression “fake it until you make it” du milieu anglophone, consiste à agir comme agirait une personne qui est l’opposée de nos croyances limitantes.

Si tu te dis “Je n’ai pas assez confiance en moi pour présenter une conférence”, demande-toi comment une personne confiante et à l’aise devant public agit au quotidien? Probablement qu’elle a une démarche assurée, qu’elle ne fuit pas les contacts visuels et qu’elle ne se gêne pas pour s’inclure dans une conversation à laquelle elle pense pouvoir ajouter de la valeur (entre autres).  

En agissant avec le comportement d’une personne à qui l’étiquette de nos croyances négatives ne colle pas, on envoie le signal à notre cerveau que ses croyances sont fausses, ce qui facilite la transition vers de nouvelles croyances plus optimistes. 

“Si tu mets des limites à tout ce que tu fais, elles vont se répandre dans ton travail et dans ta vie. Il n’y a pas de limite. Il y a seulement des niveaux, et tu ne dois pas en rester là, il faut aller au-delà. Un homme doit toujours dépasser son niveau.” Bruce Lee 

Conclusion

Les croyances limitantes sont un réel obstacle à notre accomplissement personnel et professionnel. Pour les empêcher de nuire, il faut apprendre à les neutraliser et les combattre.

La première étape est de prendre conscience des croyances qui nous freinent et d’en dresser la liste. Elles peuvent généralement être regroupées en trois catégories: le désespoir (ça ne changera rien), l’impuissance (je ne suis pas capable) et l’absence de valeur (je ne mérite pas).

Deuxièmement, on peut utiliser la méthode Coué, qui consiste à intercepter nos croyances limitantes et à se répéter mentalement l’affirmation inverse afin de remplacer graduellement les réflexes de notre subconscient.

Ensuite, la visualisation des étapes nécessaires pour la réalisation de nos objectifs rationalise nos peurs et fait en sorte que nos buts semblent beaucoup plus réalistes et accessibles que nos croyances limitantes nous laissaient croire.

Et puis, il faut sortir de sa zone de confort, trouver comment faire pour accomplir ce qu’on pensait impossible et agir comme si nos croyances étaient fausses en adoptant le comportement d’une personne qui ne correspond pas à ces croyances limitantes.

Finalement, il faut demeurer ouverts à l’avis des autres, rester optimistes et considérer l’échec comme une méthode d’apprentissage pour mieux avancer plutôt que comme la preuve d’une incapacité ou d’une limite.

Chaque petite action en direction de ton but va t’aider à l’atteindre et éradiquer tes croyances limitantes. Tes limites sont probablement beaucoup plus loin que ce que tu crois, alors mets-toi à l’épreuve et tu seras agréablement surpris!   

 

Sommes-nous victimes des circonstances et du hasard?

Sommes-nous toujours victimes des circonstances?

New York, 11 janvier 1842. Un bébé du nom de William James voit le jour.

L’expression “voir le jour” est incroyablement ironique puisque le petit William est né temporairement aveugle pour ensuite conserver de sévères troubles de vision tout au long de sa vie.

Même s’il est né dans une famille influente, riche et respectée par l’élite new-yorkaise, William est loin d’être chanceux. Il a des problèmes de peau, un trouble d’estomac qui le fait constamment vomir, des problèmes d’ouïe et des spasmes de dos si intenses que ça lui arrive de ne pas pouvoir s’asseoir ou se tenir droit pendant des jours.

À cause de sa santé fragile, le petit William passe la majorité de son temps à la maison. Il n’a pas beaucoup d’amis et n’est pas particulièrement bon à l’école. Il meuble plutôt ses journées à peindre, la seule chose qu’il aime faire. Malheureusement pour lui, personne ne le trouve vraiment talentueux et, une fois adulte, personne n’achète ses oeuvres.

Pendant ce temps, son petit frère (Henry James) et sa soeur (Alice James) sont occupés à devenir des écrivains reconnus à travers le monde. Incroyablement déçu de William, son père l’intimide constamment en le traitant de lâche ou de bon à rien. Il est le mouton noir, l’échec de la famille.

Dans un dernier espoir de rédemption, son père utilise ses connexions pour faire admettre son fils à Harvard Medical School. Malheureusement pour celui-ci, la médecine n’est vraiment pas quelque chose qui l’intéresse. Sur le campus et dans ses cours, entouré de l’élite, William se sent inadéquat — comme un imposteur.

Après seulement un an, William quitte Harvard. Pour éviter d’avoir à dealer avec la rage de son père, il s’enrôle dans une expédition anthropologique à travers la forêt amazonienne.

Il faut dire qu’en 1860, les voyages intercontinentaux étaient excessivement périlleux — rien à voir avec la mode des jeunes qui partent découvrir le monde en back pack, armés d’un selfie stick et d’un compte Instagram.

Après 6 mois et un intense mal de mer, William réussit à se rendre jusqu’au coeur de la forêt amazonienne. Une fois sur place, la balade en forêt tourne au cauchemar. Non seulement il contracte la petite vérole, mais ses spasmes de dos ressurgissent, le rendant incapable de marcher.

William se retrouve seul au beau milieu de l’Amérique du Sud, abandonné par son groupe d’expédition. Pour revenir à la maison, il doit entreprendre un voyage qui va prendre plusieurs mois et très probablement le tuer.

Contre ses propres attentes, il réussit à retourner en Angleterre, où il est accueilli par un père encore plus découragé. William, maintenant âgé de 30 ans, est un échec lamentable — il a échoué littéralement tout ce qu’il a entrepris jusqu’à ce point. Tout ça malgré le fait qu’il est né dans une des meilleures familles du pays. Les seules constantes dans sa vie sont la souffrance et l’échec.

Un soir, alors qu’il lisait les écrits de Charles Peirce, il décide de débuter une petite expérience… Pendant un an, il allait assumer et croire de toutes ses forces que tout ce qui lui est arrivé dans sa vie était de sa faute — qu’il est le seul responsable de son triste sort. Pendant un an, il allait tout faire pour améliorer ou changer ses circonstances pour le mieux. S’il en venait à échouer, cela voudrait donc dire qu’il était réellement une victime impuissante du mauvais hasard et que rien qu’il puisse faire n’allait changer quoi que ce soit. Si tel était le cas, la seule option logique serait de s’enlever la vie, chose qu’il s’est engagé à faire.

Ce qui est drôle dans cette triste histoire, c’est que William James est aujourd’hui reconnu comme étant le père de la psychologie américaine moderne. Son travail a été traduit dans des centaines de langues et il est un des auteurs les plus cités dans ce domaine. Ce raté total est devenu un des intellectuels/psychologue/philosophe les plus influents de notre temps. William nous confie dans son journal qu’il s’est senti renaître à travers sa “petite expérience” et lui attribue TOUT ce qu’il a accompli plus tard dans sa vie.

On ne contrôle pas toujours ce qui nous arrive, mais on contrôle TOUJOURS comment on y réagit. Qu’on le réalise ou pas, on est tous responsables de notre expérience de vie.

Fin de l’extrait. 

Extrait du ebook Double ta valeur

Comment mieux travailler en changeant ses habitudes

How you do anything is how you do everything…

La première fois que j’ai entendu la phrase, je dois avouer que j’étais un peu perplexe. Je me suis dit: “tiens, un autre plouc analphabète qui essaie de se rendre intéressant en publiant des aphorismes ésotériques sur sa page Facebook.”

How you do anything is how you do everything se traduit en bon français par “tu fais tout de la même façon que tu fais n’importe quoi”. Je crois qu’on peut s’entendre pour dire que ça sonne bizarre, alors on va garder ça en anglais pour le reste du chapitre.

De retour devant mon ordinateur à procrastiner en défilant mon fil d’actualité Facebook, je relis la citation plusieurs fois dans l’espoir d’être frappé d’une profonde épiphanie… J’essaie vraiment fort, mais rien ne vient. Je défile encore. Tiens, un vidéo de chat! *J’aime*

Ça m’aura pris un an, une relation de couple et 5 000 $ pour que cette épiphanie m’atteigne enfin.

Un étranger face à soi-même

Rares sont les gens qui disent “à l’instant même, ma vie est parfaite et je veux que rien ne change”. On a tous une idée, un idéal, de ce qu’on aimerait devenir comme personne ou du style de vie qu’on souhaiterait atteindre. Qu’il s’agisse de perdre un peu de poids, d’arrêter de fumer, de lire un livre, d’acheter une maison, de quitter son emploi ou même de gagner à la loterie…

On a tous une image, une vision de ce à quoi la vie parfaite pourrait ressembler. Si tu lis ce livre, alors probablement que ta vision du futur inclut un bureau vitré en coin, un salaire dans les six chiffres et une Tesla S (il faut bien sauver la planète!). Peut-être que je me trompe aussi, mais là n’est pas la question. Le “toi futur” que tu imagines est une version 2.0 de toi. Une formule améliorée et complètement redessinée.

C’est tout à fait normal, on appelle ça “être optimiste”. Le problème, c’est que lorsque tu imagines cette version de toi-même, tu ne crois pas “vraiment” qu’il s’agit de toi. Du moins, c’est ce qu’a découvert Hal Hershfield, un sociopsychologue de l’Université de Californie à Los-Angeles (UCLA), alors qu’il mesurait les ondes cérébrales des gens après leur avoir demandé de s’imaginer dans 10 ans. Selon ses recherches, on pense à notre “futur moi” de la même façon que l’on pense à un étranger.

Résultat? Notre “moi présent” ne fait absolument rien pour n’avoir ne serait-ce qu’une infime chance de ressembler à notre vision ambitieuse du boss qu’on fantasme si ardemment devenir. On s’imagine qu’on va magiquement se transformer en dieu soleil tout en se disculpant de tout effort en trouvant des barrières hors de notre contrôle nous empêchant d’être cette personne dans l’immédiat.

En d’autres mots, tu pourrais bien gagner 300 000 $ par an, mais ton boss est tellement épais que ça ne risque pas d’arriver de sitôt! Puisque ce n’est pas de ton ressort, alors tu n’as pas vraiment à de te sentir mal si tu n’agis pas tout de suite. Et puisqu’on pense à notre futur nous comme étant un bad-ass parfait, c’est certain que LUI va être capable de trouver la solution!

Et pas besoin de se projeter 10 ans dans le futur pour constater les effets ravageurs de ce phénomène. On se dit tous des trucs comme “cet été j’aurai moins de travail, je pourrai me remettre en forme”, “après ce dernier projet, je vais me concentrer plus sur ma famille”, “on est dans le rush de Noël, mais après je vais avoir le temps de lire”. La formule va comme suit: “après X contraintes, je pourrai atteindre Y résultats”.

Le pire dans tout ça, c’est qu’on est toujours complètement sincère. On se ment éhontément et on aime ça. La promesse de changement est l’illusion qui nous enchaîne à la version présente de nous-mêmes. Pour se rendre compte qu’il s’agit d’un paquet de conneries, ça prend une conscience de soi légendaire. D’où l’importance de partager ce livre à un ami et d’avoir un complice de développement personnel qui va avoir l’honnêteté de te dire “si tu ne t’inscris pas au gym aujourd’hui, tu ne le feras probablement pas dans 6 mois, alors aussi bien arrêter d’y penser et accepter que tu es une grosse merde fainéante”.

Des amis comme ça, ça vaut de l’or!

Un cerveau sur l’autopilote

Je devrais probablement consulter un psy puisque j’ai la fâcheuse tendance à vouloir “aider” tout le monde, plus particulièrement mes proches. C’est sûrement ce qui explique mon intérêt envers l’éducation et pourquoi je blogue et crée autant de contenu. Bref. J’avais une petite copine qui, à l’époque, travaillait dans un centre d’appel pour un salaire pas très impressionnant.

Elle suivait beaucoup d’entrepreneurs sur le web et rêvait d’avoir une chaîne YouTube prolifique lui permettant de devenir riche et célèbre. Malheureusement, elle gagnait à peine assez d’argent pour s’acheter l’équipement nécessaire et ses cartes de crédit étaient déjà en train de déborder.

Elle était motivée, lisait Napoleon Hill, écoutait Tony Robbins et rêvait de devenir une “Girl Boss”.

Puisque je vis au Québec et que je déteste l’hiver, j’hiverne souvent sur une plage — l’avantage d’avoir une entreprise sur le web.

Janvier arrive et je propose à ma copine d’aller vivre trois mois en Asie du Sud. Naturellement, elle me répond qu’elle n’a pas l’argent pour faire ça. Je la rassure et lui dis que je vais payer pour tout à une condition: elle doit en profiter pour démarrer son entreprise et quitter son emploi à son retour.

Elle est motivée, c’est la chance qu’elle attendait. Elle me dit oui et on book notre vol — ça va être tout un voyage!

C’est à destination que j’ai commencé à comprendre… How you do anything is truly how you do everything.

J’ai dû retirer toutes les embûches du chemin de quelqu’un et lui tenir la main pour la faire avancer vers son objectif pour me rendre compte du sens de cette phrase.

Nous sommes des créatures d’habitudes. Si tu n’as pas l’habitude d’être passionné par ton travail, retirer tes embûches ne va pas magiquement faire de toi une personne passionnée. Si tu coupes les coins ronds dans une job que tu n’aimes pas, tu ne vas pas magiquement être perfectionniste en changeant de travail.

On est nos habitudes de vie. On ne se réveille pas magiquement un bon jour en étant une personne différente. On a un bagage qui nous suit: les mauvais plis (et les bons) qu’on développe et qu’on traîne au fil du temps.

Une habitude de vie, c’est un peu comme un autopilote. Lorsqu’une situation familière se présente, notre cerveau cherche un programme qu’on connaît bien et part la cassette. Faire autrement demande une dose de contrôle personnel difficile à maintenir.

Les habitudes qui nous retiennent dans une chose (comme vouloir perdre du poids) vont souvent être les mêmes habitudes qui vont nous nuire dans les autres sphères de la vie. Ce qui veut dire que d’adresser une habitude problématique dans ta vie professionnelle a des répercussions positives sur ta vie personnelle et vice versa.

C’est pourquoi il faut faire attention pour ne pas se retrouver trop longtemps dans des situations si désagréables qu’elles nous transforment — comme une relation de couple qui nous rend malheureux ou un travail qui nous ne motive pas. Lentement mais sûrement, ces situations vont changer nos habitudes de vie pour faire de nous de moins bonnes personnes. Tout ça à notre insu.

Comme un cancer qui se développe sournoisement, on s’en rend souvent compte lorsque les symptômes commencent à se présenter: problèmes financiers, chicanes de couple, difficultés professionnelles, isolement…

La solution face à ce genre de situation n’est pas nécessairement de s’en détacher — ça peut aider, mais le mal est déjà fait. Il faut plutôt avoir de l’empathie envers soi-même, réaliser qu’on a du travail à faire et investir quelques mois à repasser nos mauvais plis. En théorie, les situations désagréables vont progressivement se transformer pour le mieux. Si elles ne se résolvent pas naturellement, alors elles vont devenir instables et se terminer d’elles-mêmes (renvoi, rupture, etc.).

Si tu es dans ce genre de situation et que tu ne vois pas comment les choses pourraient s’améliorer, alors je te recommande (pour le bien-être de ta santé mentale) de prendre la responsabilité d’y mettre fin. Au moins, tu auras la fierté d’avoir terminé ça en tes propres termes et ça va t’éviter de tomber dans une mentalité de victime.

Bref, peu importe ta situation, c’est important de comprendre que la loi du 80/20 s’applique également à nos habitudes de vie. Une poignée d’entre elles est responsable de la majorité des gains possibles en productivité. Puisque productivité est synonyme de production de valeur, alors ces habitudes sont universelles et s’appliquent à toutes les sphères de ta vie.

Dans le reste de ce chapitre, je vais pointer du doigt trois habitudes de vie de marde. Je vais non seulement t’expliquer comment t’en débarrasser, mais également par quoi les remplacer.

Ces habitudes de vies sont sournoises puisqu’elles proviennent de croyances populaires (malheureusement fausses). Probablement que la lecture des pages qui suivent va réveiller un sentiment de scepticisme en toi. Ton esprit va être particulièrement distrait et tu vas ressentir l’urgence de regarder tes notifications sur ton téléphone. C’est normal. C’est la résistance à l’oeuvre. Ne t’inquiète pas, on va en parler plus en détail dans le prochain chapitre. Mais pour contrer cet effet, je t’invite à prendre deux minutes pour regarder ton téléphone et ensuite mettre ta sonnerie à silencieux. Dans la vie, rares sont les choses qui ne peuvent attendre que tu finisses ta lecture de quelques pages.

Je t’invite aussi à faire un effort additionnel pour chercher la présence et l’impact de ces habitudes, autant dans ta vie que celle des autres. On est tous imparfaits, il n’y a aucune honte à être humain. La seule honte se trouve à être un humain imparfait qui refuse d’évoluer car il est convaincu d’être parfait!

Pour une lecture plus approfondie sur les habitudes de vie, je te recommande fortement le best-seller “The Power of Habits” par Charles Duhigg.

Le mensonge de la visualisation

L’histoire d’un mégalomane saoul

“2.5 millions, c’est moins cher qu’on pense!”

Guillaume (mon cousin/meilleur ami) me regarde et peine à retenir son fou rire. “Ah ben oui! Juste 2.5 millions, à ce prix-là t’en prends deux!” Jean-François (mon autre cousin) arrive au même moment. “De quoi vous parlez? — Ah ben… Olivier est en train de me montrer l’île qu’il veut acheter quand il va être riche!”

Je prends une autre sip de scotch, reprends mon sérieux et continue. “Attends, c’est pas ça le plan. Je commence par acheter l’immeuble où j’habite pour faire 2-3 petits changements… Imagine que je fais une terrasse sur le toit et que je mets un spa. Faque là, on est là, dans le spa, avec 2 ou 3 top modèles (évidemment) et, alors que tu te retournes la tête pour remplir ton verre de champagne, tu te fais accueillir par la vue de mon héliport avec mon hélicoptère. BAM!”

J-F me regarde avec ses yeux de “Eille, come on dude” et me lance d’une voix hésitante “Ouain, pas certain que tu aies le droit de faire atterrir un hélicoptère au centre-ville comme ça”.

Il a raison, j’ai fait mes devoirs. Je dois avouer mon hyperbole. “Tu as raison… Ça me fait vraiment chier. MAIS, j’ai trouvé la solution. On reste sur le bord du port, alors j’ai juste à m’acheter un yacht avec un helipad!”

Guillaume part à rire, J-F se met la main sur les yeux.

“C’est là que l’île entre en jeux! Comme ça, je pourrais rentabiliser mon yacht ET mon hélicoptère!”

Pour mes deux amis, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Je les comprends, j’avoue moi-même que mon plan est (un peu) ridicule. Le plus drôle, c’est qu’ils savent que, malgré tout, une petite partie de moi pense sérieusement à tout ça… Du moins, assez pour regarder les prix et m’informer pour obtenir un permis de pilotage.

En quoi est-ce que ma mégalomanie a à voir avec les mauvaises habitudes de vie? Bonne question. J’y reviens…

Optimiste ou réaliste?

En 1999, deux chercheurs ont fait une découverte fascinante en suivant trois groupes d’étudiants pendant une semaine avant leurs examens de mi-session. L’expérience se déroulait comme suit… Le premier groupe devait faire un exercice de visualisation avant chaque session d’étude. Lors de cette session de visualisation, les étudiants devaient imaginer la sensation et l’expérience de recevoir une note parfaite. Les participants du deuxième groupe, quant à eux, devaient faire les mêmes exercices de visualisation, mais cette fois-ci en imaginant le processus, c’est-à-dire le travail nécessaire pour atteindre une note parfaite. Finalement, le troisième groupe était un groupe contrôle et n’avait rien de particulier à faire.

Les résultats ont pris nos deux chercheurs par surprise. Non seulement le groupe B (visualisation du processus) a surpassé les groupes A et C, mais le groupe A (visualisation du résultat) a performé moins bien que le groupe contrôle! D’autres études ont par la suite confirmé ce phénomène.

Il semblerait que l’action d’imaginer le résultat anticipé trompe notre cerveau à penser qu’on ait déjà atteint ce dit objectif, réduisant ainsi notre motivation à agir dans l’immédiat.

Au contraire, visualiser le processus nous aide à planifier l’atteinte de l’objectif. Ce plan nous rassure sur la faisabilité de notre projet, ce qui réduit notre anxiété et augmente notre confiance.

Même un rêve fou se planifie.

Gary Vaynerchuk est présentement l’un des entrepreneurs les plus influents dans le monde des médias aux États-Unis. Son parcours est, disons… intéressant! Né en Union soviétique, sa famille a immigré aux États-Unis alors qu’il n’était qu’un bébé. À 24 ans, il reprend la business de son père (un magasin de vin) et amène l’entreprise de 1 à 50 millions de chiffre d’affaires annuel en cinq ans. Il a écrit quatre New York Times Best Sellers et a fondé une agence numérique qui gère la présence web de compagnies dans les Fortune 500 telles que GE et PepsiCo. Il a également fait partie des premiers investisseurs dans Facebook, Twitter, Tumblr & Uber.

Bref, Gary est un gars intense. Par exemple, il dit souvent que son rêve est d’acheter les New York Jets, une équipe de football évalué à 1,23 milliards.

Tout ça semble bien, mais maintenant que tu sais que la visualisation d’un objectif ambitieux n’aide pas vraiment, c’est à se demander ce qu’il y a de spécial avec Gary.

Lors de sa première entrevue avec Larry King, il explique la raison derrière son rêve fou: “Je vais sans doute mourir sans avoir atteint cet objectif et ça ne me dérange pas. Acheter les jets n’est pas le point. Ce qui importe, c’est le processus qui va m’amener à acheter les jets.”

Se fixer un objectif précis et ambitieux (comme acheter un yacht, perdre du poids ou même arrêter de fumer) n’est que la première étape — c’est comme se fixer une destination. La deuxième étape est de se faire un plan qui va nous permettre d’atteindre cette destination.

Planifier, c’est amener le futur dans le présent pour qu’on soit en mesure d’y avoir un impact maintenant. — Alan Lakein

Lorsque Gary s’imagine acheter les Jets, il s’imagine aussi se lever à 5 h tous les matins et travailler 13 h par jour.

Au moment où j’écris ces lignes, on est le 24 décembre et il est 8 h du soir. Je ne suis pas obligé d’écrire et je n’ai pas besoin de ce livre pour vivre. Cependant, il joue un rôle bien précis dans un plan machiavélique de domination mondiale. Lorsque je visualise mon île, je visualise également les sacrifices qui viennent avec.

Et pas juste les sacrifices, mais aussi mes propres manques personnels. Je visualise les matins où je n’aurai pas le goût de me lever, les soirs où j’aurai à dire non à mes amis pour travailler, les moments où j’aurai à dire non alors que j’aurais le goût de dire oui.

Il faut prévoir les événements négatifs qui vont se trouver sur notre chemin, les planifier et les anticiper. C’est le seul moyen de s’en prémunir et d’être prêts lorsque l’inévitable va arriver.

La culture et sa pseudo science à 2 cents.

“S’il t’arrive un accident de voiture, c’est parce que tu l’as attiré avec ta pensée. Les pensées possèdent leur propre plan d’existence qui est régi par la loi de l’attraction. Les pensées similaires s’attirent et influencent le monde physique.”

Personnellement, je pense qu’il faut être complètement taré pour croire un tel ramassis de bullshit. Malheureusement pour moi, il semblerait que les 19 millions de personnes ayant acheté “Le Secret” par Rhonda Byrne ne partagent pas mon opinion.

Ce livre est probablement la figure la plus proéminente d’un nouveau courant de pensée populaire sur le positivisme. Selon eux, la visualisation joue un rôle hyper important dans l’accomplissement de soi. Si on visualise ce qu’on désire, notre vie va magiquement se transformer pour concrétiser notre vision.

Le point que j’ai voulu faire dans les dernières pages est: laisse ces âneries aux hippies. La visualisation d’un monde idéal et parfait n’est pas une promesse de changement, mais plutôt un moyen de défense inconscient que notre corps utilise (avec beaucoup d’efficacité) pour combattre l’anxiété générée par une situation (et non pour changer ladite situation).

Voici un extrait de Willpower Instinct par Kelly McGonigal. Elle y explique le “syndrome des faux espoirs”. Je trouve ça pertinent à notre réflexion:

D’un point de vue “bonheur généré”, on peut difficilement comparer l’effort de changer à l’excitation générée par l’action d’imaginer qu’on va changer. C’est non seulement plus facile, mais beaucoup plus agréable de contempler la promesse de changement, sans avoir à gérer le trouble que ça implique. C’est pourquoi plusieurs personnes vont abandonner très rapidement, seulement pour réessayer quelques semaines plus tard. Elles préfèrent recommencer encore et encore plutôt que de trouver un moyen permanent pour changer. Le high qu’on reçoit lorsqu’on imagine son propre makeover est une drogue difficile à quitter. (P.152)

Plus tard, on peut également lire:

Le suroptimisme mène à l’échec, ce qui entraîne un sentiment de culpabilité et d’anxiété. En réponse, notre cerveau déclenche des habitudes pour atténuer ces émotions négatives (comme procrastiner, manger, consommer, etc.).

C’est normal, voire très sain d’avoir des rêves ambitieux. Cependant, il existe une distinction importante entre réalisme et optimisme. Le premier va t’amener du changement (et beaucoup de travail) tandis que l’autre ne sert qu’à te faire oublier ton mécontentement face à ta propre situation.

Le premier réflexe à avoir lorsqu’on se prend en train de rêvasser à un monde parfait est de déconstruire cette réalité et de calculer exactement tout ce qu’il faut faire pour la concrétiser.

Calcule tout! Le temps que ça va prendre, l’argent dont tu vas avoir besoin, les contacts que tu vas devoir faire.

J’ai souvent fait de la consultation avec des entrepreneurs qui veulent plus de résultats et je dois avouer que ça me sidère à quel point peu de personnes ont cette habitude.

On va me dire quelque chose comme “j’aimerais faire 10 ventes par jour”. Sur quoi je réponds “Quel est ton coût par prospect (coût publicitaire pour avoir un contact intéressé à acheter) et quel est ton taux de conversion (pourcentage des prospects qui finissent par devenir client)?”

On me répond souvent quelque chose qui tourne autour de 3 $ et 5 %.

Avec ces chiffres, on peut dire que ça coûte en moyenne 60 $ faire une vente et que, pour en faire 10 par jour, il va falloir investir 600 $ par jour en publicité. Lorsque je dis ça, la personne me regarde, la bouche ouverte, et répète mes derniers mots avec hésitation: “600 $… par jour?!

— Yep, 220 000 $ en publicité par année. Et probablement plus autour de 440 000 $ parce que le coût double souvent lorsqu’on met une campagne publicitaire à l’échelle comme ça! Donc 1 200 $ par jour.”

Leur regard pétillant d’ambition devient flat comme un rhum & coke trop fort… Ils aiment fantasmer à l’idée de faire 10 ventes par jour (ce qui équivaut à plusieurs milliers en profits), mais chignent lorsque j’explique qu’ils vont devoir risquer une bonne partie de leur argent pour atteindre cet objectif.

Pour réussir, il faut dire oui à UN rêve, le déconstruire et s’engager à le prioriser sur tout le reste.

Lorsque tu vas manquer de motivation (parce que ça va arriver), passe 5 minutes à rêvasser à ton objectif avant de te rappeler que cette réalité future n’est possible que si tu exécutes ton plan à la perfection dans le présent.

Pour te motiver encore plus, imagine que tu te regardes à travers les yeux de ton “futur moi”, le boss qui a tout ce que tu as toujours rêvé. Mets-toi à sa place et observe-toi, là sur le divan,  à manger des Cheetos en écoutant “Célibataires et nus”. Regarde-toi bien et juge-toi.

Il est possible que tu te sentes coupable. Il faut donc anticiper que ton corps veuille atténuer ce sentiment à travers une routine (ex.: accompagner tes Cheetos d’une coupe de vin). Résiste à cette tentation, rappelle-toi du plan et passe à l’action.

Et si ce n’est pas assez, fais-toi peur en imaginant le pire scénario possible qui te guette. Imagine-toi finir ta vie dans une job qui te donne le goût de te pendre, vivre chaque jour avec un/une partenaire que tu n’aimes pas, et devoir te réconforter à travers l’alcool cheap, la bouffe grasse et Netflix.

Analyse la trajectoire de ta vie. Regarde bien tes deux ou trois dernières années, car elles sont une bonne indication d’où elle se dirige.

Demande-toi: si chaque journée de ma vie est exactement comme aujourd’hui, est-ce que je vais atteindre mes objectifs dans le temps souhaité? Si oui, alors tu peux écouter ton émission niaiseuse sans remords. T’as fait une belle job, tu peux même te verser un scotch avec ça! Mais si la réponse est non, demande-toi ce que tu devrais changer à ta routine quotidienne pour corriger la trajectoire de ta vie.

Jim Rohn disait quelque chose comme “Manger du fast food, c’est une mauvaise habitude. Manger du fast food chaque jour pendant 10 ans, c’est un désastre”.

C’est facile de sous-estimer l’importance des petites choses, mais il faut réaliser que ce sont nos habitudes — ce qu’on fait tous les jours — qui déterminent qui nous sommes et quel genre de vie on mène.

Puisqu’on surestime notre “futur-moi” tout en se dissociant de lui, c’est facile de dire “demain”. Mais demain arrive, et le “moi” présent n’a pas plus la force ou la motivation de faire ce qu’il doit faire. Il faut être pessimiste. Se dire que si on ne le fait pas aujourd’hui, on ne le fera pas plus demain.

Le secret n’est pas la pensée magique. Le vrai secret, c’est une dose démesurée d’ambition mélangée à une douche froide de réalisme.

Fin de l’extrait.